Chers toutes et tous,

En écrivant mes premiers articles, je suis partie du principe fort erroné, que tout le monde connaissait la permaculture. Or, j’ai rapidement eu des échos directs et indirects de personnes qui n’en avaient jamais entendu parler; et pour lesquelles, forcément, mes articles devaient sembler assez obscurs et incompréhensibles (eh oui, sans soubassement philosophique et intellectuel, ma démarche semble sortir de nulle part…).

Voici donc un court article que je vous propose si vous ne savez pas (encore) en quoi consiste la permaculture …

« Ouais mais la permaculture c’est des gourous des vers de terre et des hippies qui utilisent une greli-machin là … Comment ça s’appelle déjà ? Une grelonoutte, grelimouette… Ah euh oui ! Grelinette! »

Mouais… Pas convaincue par cette définition pour ma part 😉 ; alors effectivement, à droite et à gauche, on entend souvent parler de cette méthode d’agriculture qui utilise des grelinettes (charmants objets ressemblant à ceci) et qui souvent, utilisent en outre des méthodes comme la culture sur butte permanente et le mulch ou paillage …

Voici un notamment un chouette article (dont l’image est issue) sur les buttes de culture intitulé  » Permaculture : Les buttes de culture, une véritable révolution ! « 

Néanmoins, s’il ne s’agissait que de ça, la permaculture ne serait que d’un intérêt moyen. Or, la permaculture c’est bien plus que ça… et c’est génial !

Une « permanent culture »

La permaculture est en fait un néologisme venant de l’anglais et ayant contracté deux mots évocateurs « permanent » & « culture ».

Pourquoi les mots « permanent » et « culture »?

Ces deux mots n’ont bien entendu pas été choisis au hasard. Une culture permanente car les initiateurs de la permaculture (j’ai nommé les fabuleux Bill Mollison et David Holmgren, pour ceux qui veulent un peu de lecture alternative aux magasines people sur la plage: Introduction à la permaculture, c’est par) dans les années 70, avaient déjà fait un constat fondamental à propos du mode de production de notre alimentation : l’agriculture contemporaine ne repose pas sur des bases saines et durables.

L’agriculture actuellement – et en fait, toute notre production et acheminement de nourriture de la production à la transformation, en passant par le transport jusque dans nos assiettes- dépense et consomme une énergie absolument monstrueuse pour produire deux pauvres grains de blés. En termes d’énergie fossile c’est-à-dire issue de l’industrie pétrolière, donc en ne parlant même pas de l’énergie humaine, des ressources en eau et en intrants (engrais, pesticides etc) , il faut actuellement 7 à 10 calories fossiles pour produire 1 calorie alimentaire (certains parlent même de 12 calories pour en produire une). Autrement dit, ce n’est absolument pas équilibré !

Ce n’est pas rationnel, d’abord parce que la nourriture c’est notre carburant à nous. On n’envisage pas d’acheter une voiture qui, pour rouler 1 kilomètre, aurait besoin de sept fois plus d’essence, ce serait absurde car beaucoup trop coûteux en temps d’abord (il nous faudrait aller faire le plein 7 fois pour rouler sur un seul kilomètre), en argent et énergie… Pourtant pour nous entretenir en tant qu’organismes vivants, nous en sommes arrivés à une pareille absurdité! Nous sommes désormais les êtres qui pour se maintenir, devons dépenser 7 fois plus d’énergie pour juste avoir de quoi manger. On est d’accords, c’est absolument ridicule; sans même parler de l’aberration écologique, c’est juste que nous agissons comme quelqu’un qui, au lieu de nager efficacement vers le bord de la rive et donc arrive à sortir de l’eau sans peine, se débattrait dans tous les sens en se noyant à moitié et parviendrait tant bien que mal à sortir en s’étant un peu étouffé quand même…

Donc, Bill Mollison a analysé l’agriculture en Australie, a constaté la quantité d’énergie et d’espace agricole nécessaires (plus encore une fois tous les intrants chimiques et pesticides) pour produire une alimentation qui plus est d’un intérêt nutritionnel de plus en plus merdique médiocre, et, comme l’être rationnel que nous devrions tous être, en a conclu à un non-sens.

Permanent culture, c’est d’abord une agriculture DURABLE

L’idée fondamentale de la permaculture, c’est d’abord partir du constat que notre alimentation doit retrouver son rôle premier c’est-à-dire retrouver son rôle d’énergie : nous mangeons pour nous nourrir.

« Bah oui je sais bien qu’on mange pour se nourrir, merci d’enfoncer des portes ouvertes… »

Oui oui oui, le constat paraît bête dit comme ça, pourtant, quand on en prend conscience, notre bêtise prend une toute autre ampleur: c’est ridicule de vouloir se procurer des yaourt 0%, du beurre 0% et compagnie, alors que nous mangeons pour absorber des calories et ainsi transformer cette nourriture en calories utiles qui nous permettent d’avoir assez d’énergie pour tenir au quotidien. Quitte à vouloir 0 calories, autant ne pas manger, ce sera plus simple… Or, j’en reviens au même point, si nous mangeons pour avoir notre combustible à nous, notre énergie vitale, il est franchement contradictoire que nous en soyons contraints à gaspiller et dépenser autant d’énergie à la produire, puisqu’à la fin, c’est bien pour vivre que nous la produisons.

La permaculture est donc avant tout une affaire de rationalité : nous mangeons pour vivre donc arrêtons de vivre pour manger et produisons de façon à manger bien et efficacement. Il faut que le système soit auto-suffisant en énergie afin que nous alimentation produise plus d’énergie qu’elle n’en consomme.

Le reste (la culture sur butte, les principes éthiques qui sous-tendent la permaculture, le non-travail du sol, les plantes pérennes etc…), c’est ce qui découle de ce constat premier et qui vient en solution, en proposition pour remédier à ces constats initiaux.

Si je puis m’exprimer ainsi, je dirai donc que Bill Mollison n’a absolument pas omis le côté utilitaire que doit avoir l’agriculture, la production de notre alimentation: comme tous les autres animaux, nous avons besoin de nous nourrir pour mener notre vie, travailler, nous reproduire etc; donc il faut que notre alimentation nous permette de le faire et ce, de manière la plus productive possible et durable c’est-à-dire sur plusieurs siècles et générations. En somme, il faut que nous puissions retrouver cet équilibre qui existait avant l’agriculture industrielle et où la production de notre alimentation n’était pas encore à ce point dévastatrice pour notre planète et nos sociétés. Car ce modèle épuise nos ressources naturelles et conduit à sa propre destruction.

permanent culture, c’est donc une agriculture pérenne

La deuxième signification extrêmement importante de la permaculture, c’est qu’une permanent culture, donc une agriculture durable doit reposer sur certains fondamentaux qui nous permettront de la rendre viable pour des siècles, donc pour qu’elle ne soit pas destructrice de la nature et de nos ressources (qui nous nourrissent et donc, nous sont littéralement vitales ! Sans elles, point de vie humaine). Ces fondamentaux s’inspirent de ce qui se passe dans la nature, où des systèmes complexes prévalent, faits de multiples interactions et d’une grande pérennité: dans la nature, il n’y a que peu de place pour les végétaux et animaux annuels (c’est-à-dire dont le cycle de vie naissance-vie-reproduction-mort se produit en une année), la plupart sont constitués de cycles de vie lents et longs, comme les arbres.

La complexité des éco-systèmes naturels, illustration de Bill Mollison, Introduction à la Permaculture, éd Passerelle Eco

De plus, on n’observe pas dans la nature, d’écosystèmes simples et mono-spécifiques. Même une prairie ou une forêt qui peut nous apparaître comme étant simple, avec juste de l’herbe ou juste des arbres est en réalité la somme d’une multitude d’interactions animales et végétales. Déjà il n’y a jamais uniquement de la pelouse, mais des graminées, des fleurs de différentes espèces, des insectes, des animaux etc… Pareil pour la forêt avec une multitude d’arbres différents qui s’implantent pour des décennies voire des siècles.

A côté de ça, la planification traditionnelle d’une parcelle agricole est très simple, même simpliste avec une seule variété de céréale produite …

Face à ces observations, la permaculture préconise donc l’implantation de systèmes qui s’inspirent de la nature, afin d’y favoriser les interactions, la complexité, la vie et donc la résilience et l’équilibre. La pérennité du système passe par sa complexité et sa planification sur le long-terme par le biais des arbres, arbustes, plantes vivaces qui vont produire et nous rendre service pendant bien plus longtemps que nos petites céréales qui nous procurent de la nourriture sur une seule année.

La permaculture est donc un système de planification méthodique de la production de notre alimentation et de notre habitation (unité de vie), pour implanter et recréer un système inspiré de la nature, et ce afin de permettre sa pérennité. Sa pérennité sera également acquise par son caractère cyclique (limitation des énergies et intrants extérieurs, production sur place des apports nécessaires au système) afin de le rendre autosuffisant.

Modèle d’implantation d’un système en permaculture par Bill Mollison, Permaculture 2, p33, éd Charles CORLET (collection Equilibres)


La planification et l’implantation du système va reposer sur certains principes (provenant essentiellement du bon sens et de l’observation) qu’ont par la suite développés les permaculteurs, et qui permettent de proposer une agriculture qui propose de régénérer la nature plutôt que d’entraîner sa destruction.

Tous ces principes, et la méthodologie du design et du système seront exposés dans ce blog et je vous proposerai bientôt une bibliographie commentée pour ceux qui souhaiteraient en lire plus sur le sujet. Mais pour moi, l’essentiel de la permaculture, ses motivations profondes peuvent être résumées ainsi :

Nous en sommes actuellement parvenus à une grande contradiction et un non-sens dans notre agriculture, qui est dépendante de beaucoup d’énergie (d’énormes quantités en fait) pétrolière pour l’essentiel, qui en consomme beaucoup plus qu’elle ne propose de calories alimentaires utiles à l’homme tandis qu’en parallèle elle concourt à la destruction de nos écosystèmes. La permaculture se veut une réponse englobante à cela, elle tire le fil de cette contradiction pour proposer une approche logique, globale et analytique permettant d’implanter un système autonome et auto-suffisant en nourriture et énergie afin de subvenir aux besoins vitaux des communautés humaines tout en respectant et en régénérant la nature. Tout ceci est la pensée qui sous-tend la permaculture et qu’il ne faut pas confondre avec les outils (que sont les haies, la culture sur butte, les grelinettes etc…)

Vaste programme non? Passionnant également… J’espère avoir éclairé la lanterne de certains et vous dit à très vite pour d’autres articles sur cette superbe approche intellectuelle et pratique qu’est la permaculture ! N’hésitez pas dans vos commentaires si vous avez des questions/ réactions à ce sujet 😉

5 commentaires sur « La permaculture, kézako ? »

  1. coucou ma cousine,
    Effectivement, vaste sujet passionnant! J’espère bien que tu vas devenir formatrice en la matière car avec Caros, nous avons une ferme de 280m2 et 4OOOm2. Je me doute qu’il y a moyen de faire de la permaculture sur un tel espace mais au vue de tes explications, j’imagine que chaque région ne dispose pas des mêmes fruitiers, des mêmes cultures,si?
    Continue de nous abreuver de ta science agricultivée car cela me donne des idées à composter en attendant de récupérer le substrat pour le transformer en matière active!!
    Bravo en tout cas pour ce changement total de vie qui demande du courage, de l’écoute de soi et beaucoup de convictions

    Aurélie

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    1. Coucou ma cousine :), Ah eh bien c’est drôle, nous avons donc à peu près la même surface de culture 😉 ! Oui en effet, et puis ça va aussi dépendre de ce que vous vous aimez, souhaitez récolter, produire, quelles sont vos priorités, votre temps à y consacrer … où est-ce que vous êtes situés, quelle orientation, quel vent pour ne donner que quelques paramètres ! Je suis en pleine réflexion et implantation pour chez nous, je vais essayer de mettre des plans / photos pour expliquer au mieux et ça te donnera peut-être quelques idées 😉 ! Merci en tous cas, je me sens vraiment plus légère depuis que j’ai fais ce choix et bien plus motivée ça c’est sûr! A très vite !

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