Ou comment transformer une haie de béton vert (des thuyas) en une haie mellifère, persistante, productrice de nourriture et intéressante pour la biodiversité !
SOMMAIRE :
1-L’existant

L’existant est assez simple : une haie de thuyas de 15m de long avec d’anciens et très costauds pieds de thuyas espacés de 80 cm à 1 mètre environ. Ni plus ni moins; bon allez, soyons sympas, il y a quand même quelques bulbes et petites fleurs plantées en parterre devant et de nombreux coquelicots. Néanmoins, on reste sur du béton vert, qui est certes un bon brise-vue mais dont l’intérêt écologique est limité. « Les pauuuuvres thuyas » me diront peut-être certains. Ok, je leur ai fait une petite coupe façon Robespierre ( comprendre : je leur ai tranché la tête 😉 ), néanmoins, leur présence, outre leur insupportable absence d’esthétique, est surtout stérile pour la biodiversité locale: pas de fleuraison, pas de fruits ou baies comestibles ni pour moi ni pour les oiseaux (les thuyas sont en plus toxiques pour eux et les insectes…), très peu de refuges pour la faune locale et enfin un sol qui s’en trouve acidifié. Donc, je n’ai que très peu hésité à me réapproprier l’espace, qui n’est au final pas négligeable: je gagne une plate-bande de 15 mètres de long, en situation ensoleillée et d’un peu plus d’un mètre de large.
2-Le projet
Le projet est donc de … supprimer ces sympathiques thuyas, que je vais quand même réutiliser afin qu’ils n’aient pas trouvé la mort pour rien. L’idée est ensuite de les remplacer par une haie multi-étagée en deux lignes, avec des plantations en quinconce combinant des arbustes fruitiers et de planter des vivaces comestibles et des couvre-sol en avant sur la première ligne. Le cahier des charges pour ces végétaux était exigeant et la sélection fut rude : productifs en fruits pour ma famille, esthétiques, mellifères, pas trop hauts (afin de ne pas me retrouver avec une haie mesurant 30m de haut et ne plus avoir de soleil du tout sur la terrasse), combinant plusieurs familles botaniques pour les protéger des maladies et parasites, des fixateurs d’azote pour enrichir le sol et être bénéfiques aux plantes alentours, et enfin des plantes avec un feuillage persistant pour remplir son office de brise-vue et couper court au vis-à-vis avec les voisins, pour pouvoir faire des barbeucs et apéros tranquilles ;).
Les végétaux sélectionnés :
Voici donc ma petite sélection d’arbustes et de vivaces comestibles que je vais installer en tant que haie :
Les arbustes / végétaux canopée:
- Bambous non-traçants pour l’effet brise-vue et pour les jeunes pousses comestibles ainsi qu’une éventuelle production de tuteurs/ structures en bois.
- Des chalefs ebbingei, qui sont aussi appelés les chalefs persistants: comme son petit nom l’indique, le chalef ebbingei a un feuillage persistant, c’est également un arbuste fixateur d’azote, intéressant donc en guilde avec d’autres plantes* (* puisque la plupart des plantes ont besoin d’azote pour leur croissance mais ne savent pas le métaboliser, des plantes qui ont cette capacité sont ainsi très utiles et complémentaires) qui se plaît en situation ensoleillée. Autre grand atout: il est très mellifère, et produit des baies comestibles qui vont, je l’espère nous régaler autant que nos amis aillés !
- Quelques Goumis du japon: il s’agit d’un arbuste de la même famille que les chalefs, qui est également fixateur d’azote, et qui produit des baies comestibles, tout aussi intéressantes que celles des chalefs au niveau nutritionnel. Il est pour sa part semi-persistant, mais étant donné que les chalefs ebbingei sont persistants et que je vais les planter en sorte de trame principale, ça ne me dérange pas que les autres plantations aient des feuilles caduques.

- Cognassier : le cognassier a un port arbustif au naturel, l’idée est donc de le laisser semi-sauvage pour l’intégrer à la haie et qu’il forme une guilde avec les fixateurs d’azote; il demande une situation ensoleillée, je le planterai donc en bout de haie, de façon à pouvoir espérer de bons coings d’ici à quelques années 🙂

- Baie de mai : il s’agit d’un petit chèvrefeuille, originaire de Russie et dont la particularité est de produire des baies comestibles qui mûrissent, comme son nom l’indique, au mois de Mai, donc une production précoce. Ces arbustes venant des contrées lointaines de la Sibérie, ils sont très rustiques (jusqu’à -40!). Leur unique « talon d’Achille » est qu’ils n’apprécient pas la sécheresse, il convient donc de leur offrir un sol frais et humide (donc de penser à le pailler + arroser si nécessaire en été) bien amendé en matières organiques. C’est un arbuste que je vais utiliser comme « plante intercalaire », c’est-à-dire que je vais planter entre les autres plantations et la strate la plus haute ( les cognassiers, néfliers et chalefs) puisqu’il n’est pas très large à l’âge adulte (de 0.5 à 1.5 m) ni très haut (1.5 à 2m). Il nécessite une pollinisation croisée pour fructifier, donc si vous l’adoptez, pensez à planter au moins 2 compères !
Les vivaces de la strate herbacée:
L’idée pour cette haie est de reproduire à toute petite échelle un système le plus complexe possible s’inspirant un peu de la forêt-jardin, c’est-à-dire incorporant le plus de strates végétales possibles. Au lieu de simplement planter des arbustes en ligne droite comme une haie de thuyas classiques, j’essaye ici de complexifier le tout, de sélectionner des plantes qui sont utiles et esthétiques et de densifier au maximum en jouant sur les dimensions. Donc, finito la haie toute simple en 2D, bienvenue à une haie vivante et toute en nuances ! Les végétaux suivants sont ainsi ceux que je vais planter aux pieds des arbustes mentionnés ci-dessus, qui sont tous rustiques, couvre-sols pour la plupart et aimant la mi-ombre…

- Chou perpétuel de Daubenton : il s’agit d’un chou vivace, qu’on n’a donc pas besoin de ressemer tous les ans… magique non?! Celui-là, je pense le cultiver sur butte, dans la mesure où il apprécie beaucoup les terres fraîches et riches, donc une petite surélévation avec des amendements en compost et matière organique lui seront sans doute plus bénéfique que la terre assez drainante et pauvre de la plate-bande…
- Pieds de menthe : pour de délicieuses infusions, mais aussi car la menthe en association protège les autres plantations (notamment le chou) de piérides, des pucerons, car elle attire par contre les pollinisateurs etc …
- Topinambour: le topinambour est un légume vivace, de la même famille que les tournesols et qui produit de très belles fleurs également. On consomme les tubercules, que l’on déterre et mange comme on consommerait une pomme de terre 🙂 mais en ayant épluché la peau. Le topinambour se récolte plutôt en automne et hiver, donc accroît un peu la diversité de nos assiettes dans ces saisons où les légumes parfois plus répétitifs quand on mange uniquement local (navet-patates-chou-navets-chou-patate-carotte-Oh des navets jaunes! Trop cool! -carottes-chou rouge-patates…).

- De la consoude: la consoude dispose de racines très profondes qui vont puiser des minéraux utiles pour elle mais aussi pour les autres plantes et qu’elle remonte ensuite en surface (quelle générosité ❤ ). Par ailleurs, Madame Consoude a le sens du sacrifice : elle n’hésite pas à donner de sa personne et tolère amplement qu’on la fauche régulièrement, ce qui sera donc parfait pour un coup de paillage aux pieds de ses voisines. Ajoutons à ces honneurs qu’elle est mellifère à souhait, ses fleurs ne désemplissaient pas au printemps, la file d’attente était longue pour la butiner!
- Fraises: Bon inutile de vous expliquer pourquoi j’adore avoir des fraises au jardin… mais en plus du fruit, les fraisiers qui se multiplient très vite grâce à leurs stolons adorent la mi-ombre, et font donc un super couvre-sol !
- Rhubarbe : en fonction de la place qu’il me restera, je pense déplacer quelques pieds de rhubarbe qui se trouvaient déjà en place au jardin et n’ont pas trop apprécié le plein soleil avec la canicule de cet été… Comme la rhubarbe adore aussi les terres riches, je pense tenter l’association avec les chou daubenton sur butte de culture; je vous ferai un retour sur leur amitié ou inimitié !
3-La réalisation
Première étape : qu’on leur coupe la tête !

La première étape est barbare et simple : on coupe tout … Dans la mesure où ces thuyas sont très costauds et profondément enracinés, on n’a pas pu les arracher, simplement les couper au pied. Donc la base de leur tronc ainsi que les racines sont toujours là et je dois de ce fait composer avec pour planter ma nouvelle haie (ce qui veut dire déterrer partiellement les racines et les scier lorsqu’elles sont sur le futur emplacement de la nouvelle haie … Assez fastidieux comme étape 🙂 ).

J’ai ensuite enlevé les plantes vivaces que j’ai transplanté ailleurs et j’ai mulché* autant que possible les 15 m qui se trouvaient désormais à nu. *Le mulch consiste à apporter une couverture, la plupart du temps végétale, au sol (feuilles mortes, paille, tonte, foin pour les plus classiques mais les pionniers de la permaculture conseillaient de se servir surtout de tout ce qu’on a à disposition ce qui peut inclure du carton, des paillassons … et autre selon votre imagination 😉 ).
Deuxième étape : on plante les bébés d’amour ❤
A titre indicatif, voici les quantités de plants que j’ai commandé pour 15 m de haie linéaire :
- Chalefs ebbingei : *5
- Goumi du japon : *4
- Baie de mai : *4
- Cognassier : *2
- Chou de Daubenton : *3
- Bambou à cannes rouges non-traçant :*1

Comme vous pouvez le voir ci-dessus, j’ai installé un redoutable système de protection pour chacune des plantes de la haie : j’ai commencé par une couche de carton pour protéger à la fois la terre, empêcher une trop forte concurrence des plants avec les adventices, puis j’ai mulché avec des feuilles mortes avant de pailler généreusement. J’ai enfin fixé et protégé le tout par des tuiles récupérées (surtout en raison de mon chien qui n’aurait pas manqué de s’intéresser de trop près à mon paillage sophistiqué …). Pour ce qui est du paillage, j’ai appliqué des couches qui mises bout à bout, doivent former une épaisseur d’une vingtaine de centimètres. Ainsi que je l’évoquai, l’objectif est à la fois d’éviter un sol mis à nu, de conserver l’humidité mais également protéger du froid et enfin permettre aux nouveaux plants de bien s’installer avant de les livrer à la dure réalité du monde 😉
Une prochaine étape va consister à transplanter mes fraisiers aux pieds des arbustes ainsi que planter quelques pieds de rhubarbe mais nous traversons actuellement une période de forts gels donc … je pense que je vais attendre un redoux !
Pour le reste … il n’y a plus qu’à attendre que tout ça pousse ! 🙂
4- Pour aller plus loin : sources & inspirations
- Le site Permaculturedesign et leur article très détaillé sur le chèvrefeuille comestible
- Une vidéo concise et précise de Damien Dekarz sur la pépinière permacole Atmosvert comportant des conseils de plantes pour une haie productive, brise-vue, et mellifère : c’est par ici !


Un commentaire sur « Les travaux d’automne : le réaménagement de la haie »